Colonie de vacances

Cet été nous sommes partis en colonie de vacances avec le collège des trois martyrs dans le sud de la France, aux abords de Nice plus précisément.

Nous étions réunis par génération, ce qui faisait trois classes de troisième à pouvoir bénéficier de ce voyage. Notre attente, quant à la colonie de vacances, était démesurée et c’était pour nous le séjour qui devait permettre de générer des attaches avec les personnes des autres classes et spécialement celles de la section européenne, majoritairement composée de filles.

Le séjour en colonie de vacances durait quatre jours et trois nuits et dès le premier soir, nous avions organisé une boum tout à fait fameuse. La boum commençait à 18 heures, ce qui a naturellement provoqué les premières contestations du type « C’est trop tôt ! On dirait un goûter pour les gamins ! ». La soirée débutait et déjà les rôles se répartissaient..

Moi-même et mon camarade Jules étions dans le hall d’entrée et incarnions sensément les « videurs » comme nous le proclamions. Il est vrai que c’était surtout un emplacement stratégique permettant d’observer les allées et venues des élèves ainsi que de rester à distance de la piste de danse, angoissante pour les enfants de bonne famille que nous étions.

Les filles s’étaient conglomérées sur la piste de danse en deux ou trois demi-cercles, ce qui impliquait de se dévoiler très entreprenant et sûr de soi si l’on voulait incorporer l’un d’entre eux. La musique était approvisionnée par le professeur d’italien, ancien DJ raté qui avait promis de transformer cette guinguette médiocre en festival techno digne des plages d’Ibiza. Les garçons quant à eux demeuraient assis autour de la piste à contempler les filles danser en prodiguant de bonnes et mauvaises notes à chacune d’entre elles, ce qui provoquait des esclaffements pitoyables et assidus. Les plus aventureux se décidaient également à organiser un mini-match de football à l’encoignure de la piste avec des ballons gonflables, ce qui leurs permettaient d’approcher les filles au moyen d’un jeu dissimulé tel des joueurs de Poker…

Puis les deux grands classiques de ce type de soirée en colonie de vacances se répétaient: la fille du professeur de mathématiques, victime d’une obésité morbide, était rapidement prise à partie par les railleries de moins en moins étouffées des garçons et passait finalement sa soirée à sangloter dehors. Inutile de vous dire que moi-même et mon copain avions été aussi stupides que la moyenne après son passage (remarqué) dans le hall. Les redoublants de la colonie de vacances avaient projeté de boire de l’alcool, ce qui était formellement interdit par le proviseur et synonyme d’exclusion. Le plus petit de la bande, non redoublant pour sa part, avait été embrigadé par les plus grands de son clan pour boire, lui promettant ainsi une rupture imminente avec ce pucelage de plus en plus anxiogène à cet âge de la vie. Il passa finalement le reste de la soirée à vomir dehors en balbutiant des persiflages à la fille du professeur de mathématiques sous les encouragements pleutres de ses camarades de colonie de vacances.
nous sommes partis en colonie de vacances avec le collège des trois martyrs.
nous sommes partis en colonie de vacances
C’est alors que survînt un coup de tonnerre quand Marie-Laure, une fille de la classe européenne de la colonie de vacances, s’avança vers moi pour m’implorer de valser avec sa copine. Je rougissais écarlate et me tournais vers mon copain qui me regardait d’un air grave et attentiste. J’avais là une décision à prendre et je décidais de prétexter une ecchymose au pied. Je n’avais jamais embrassé une fille et si la situation dérapait, je savais que mon sexe désassortissait très sérieusement de ceux que j’avais vu à la télévision jusque-là. Mon copain se colmatait le nez à côté de moi, crépitant de rire.
La soirée touchait déjà à sa fin.